Les Actualités de Centrafrique Sans Frontières

Meilleurs Voeux 2008


"La persévérance est un talisman pour la vie".

La Présidente, Léon, Zoé, Anne et tous les membres de l'association "Centrafrique Sans Frontières" sont heureux de vous souhaiter une Bonne et Heureuse Année 2008 !

 Auteur : Yvonne Mété-Nguemeu 14-01-2008 23:45
RICAB 2007 : La solidarité en République Centrafricaine

 Auteur : Yvonne METE-NGUEMEU 16-11-2007 23:29
ALI Mon Ami
J’avais fait la connaissance d’Ali dans la douleur, un jour du mois de juillet 2007. A ma demande, sa grand-mère me l’avait amené avec ses cousins en pleine détresse, alors que je revenais d’une de mes ballades banguissoises. J’avais si chaud ce jour-là, que je ne pouvais m’empêcher de rêver à une bière dès mon retour à la maison.

Ali le petit peulh Awa la grande sœur

Au fur et à mesure que je m’approchais du domicile, cette envie de bière devenait si forte qu’elle était plus proche d’un péché que d’une envie normale. Et elle commençait à tourner à l’obsession.
Au moment où j’abordais la dernière ligne droite, et que je pus entrevoir l’entrée de la maison qui me promettait l’ombre et un repos bien mérité, je vis plein de gamins crier et pleurant en même temps. Je fus intriguée et ne mis pas longtemps à comprendre qui étaient mes visiteurs. C’était une famille peuhle qui était passée et qui attendait mon retour patiemment. La grand-mère me présenta tous les membres du groupe, chacun avec son histoire dans un sango (langue nationale) incertain. Je fis ainsi la connaissance d’Ali, aux grands yeux pleins de tristesse, pas bavard du tout.

Il doit avoir entre deux et trois ans. La grand-mère n’en était pas sûr. C’est le fils de son défunt fils. Tout le clan, après avoir fuit les guerres civiles, ainsi que les persécutions faites à leur population, prise comme cible par les différents camps opposés, que ce soit les coupeurs de route (bandits de grands chemins) ou les rebelles désignés « kodo », tout le clan s’est donc finalement retrouvé dans un village à 16 km de Bangui, logé dans de petites maisons.

Ali qui es-tu ?

Ali n’était encore qu’un bébé quand les kodos ont débarqué avec leurs énormes bottes. Ce jour là, son papa était le seul homme valide de la famille qu’ils ont trouvé parmi les femmes et les enfants. Ils l’ont attrapé et ont demandé à la famille de leur remettre 30 000 FCFA. Les pauvres n’avaient plus rien et avaient déjà perdu tout leur troupeau. Aïssétou, la grand-mère d’Ali, leur répondit en pleurant qu’elle n’avait pas cette somme. Ils lui répliquèrent que si elle ne leur remettait pas l’argent sur-le-champ, ils allaient exécuter leur otage. La grand mère se mit à les supplier, leur demandant de la prendre, elle, et de laisser son fils. « Ta mort ne nous servirait à rien, répondirent-ils ». Ils attachèrent alors une corde au cou du père d’Ali sous le regard apeuré des enfants et l’emmenèrent en le traînant comme un bœuf dans la brousse, et ils l’exécutèrent. Ali, devenu orphelin, n’a plus jamais prononcé un seul mot depuis ce jour.
Un malheur n’arrive jamais seul. Quelques temps après, la mère d’Ali dut se remarier. Mais voilà, son nouveau mari ne voulait pas s’encombrer des deux enfants du défunt mari, surtout du petit garçon qui n’avait pas l’air de grandir normalement et ne serait jamais assez robuste pour être un jour berger. Il exigea donc qu’elle s’en débarrasse assez vite. La mère, n’ayant pas son mot à dire, a dû abandonner Awa et son petit frère Ali à leur grand-mère paternelle. Si la petite Awa semblait s’être adaptée à sa nouvelle vie parmi une famille composée de grands-parents et de dizaines de cousins germains âgés de deux semaines à douze ou treize ans, le petit Ali, lui, semblait complètement absent. Il avait gardé sa taille de bébé d’un an, et un gros ventre souvent vide. Toujours une larme aux coins des yeux, l’air de souffrir le martyr (on ne sait pas si c’était dû à son hernie ou à l’image de son père que l’on traînait la corde au cou), il semblait avoir décidé de ne plus sourire à la vie !

Mais voilà, jeudi, quand je les fis venir chez moi avec la mère des petits jumeaux pour une « journée resto », la maman d’Ali, en plein désarroi me raconta qu’elle devait bientôt repartir seule. Elle me supplia de la photographier avec ses enfants et de confier la photo à la tante paternelle de mon ami, afin qu’elle puisse la leur montrer si jamais il devait lui arriver quelque chose. Elle devait repartir dans les zones à risques et ne savait pas quand elle allait pouvoir les revoir !
Ali, silencieux, l’avait-il compris ce jour-là ? Il n’arrêtait pas de pleurer pour un rien et de se faire chouchouter par « maman ». Sacré bout d’homme va !


Il m’a apprivoisée :

Il ne lui a pas fallu beaucoup de temps pour m’apprivoiser. A notre première rencontre, ce n’était pas évident. C’était le plus petit en taille de tout le clan venu me rendre visite. Je ne lui prêtai pas plus attention qu’il ne s’intéressa à moi, sa future amie.
A notre visite chez eux avec le médecin, la glace fut rompue. Il me reconnut et fit de son mieux, sans la parole, pour me faire comprendre qu’il existait et avait une vie à vivre. Alors pourquoi ne pas faire un bout de chemin ensemble dans la vie ? Mais comme nous étions débordés par le nombre de ses cousins et sœurs en détresse, je ne me préoccupai pas de ses marques d’attention et m’affairai auprès de la jumelle Alima » dont le cas semblait désespéré.




La petite Alima victime de malnutrition Le docteur Guy-B et Awa

A un moment donné, il y eut un problème de place dans la maison où nous étions tous entassés, qui servait en même temps au docteur de lieu de consultation. Nous étions donc assez proches et je commençais à me sentir à l’aise, un peu comme chez moi, au milieu des miens.
A mes autres visites , mon nouvel ami venait spontanément me tenir la main et me suivait à son rythme , trottinant sur ses petites jambes fragiles , pieds nus , larmes séchées , décidé à continuer son chemin dans ce nouveau monde.

On passe tous chez le docteur Guy-bertrand N'DAMAS Dr G-B. N’DAMAS et Y.M.N.

J’observais toutes ces femmes et enfants ; ce jeune homme dont la jambe commençait à s’abîmer à cause d’une intolérance à la broche qu’on lui avait posée en août 2005, et qui n’avait pas d’argent pour payer les frais et se la faire enlever ; le patriarche opéré du ventre après avoir perdu tout son troupeau ; et les pleurs de tous ces enfants. Je me sentis si lasse, si impuissante et désabusée !
 Auteur : Yvonne Mété-Nguemeu 20-08-2007 00:27

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